Parue dans le magazine Marché MUNICIPAL, volume 15 – No 2 / juin 2020

Face à la propagation du coronavirus (COVID-19), le gouvernement du Québec a déclaré, le 14 mars 2020, l’état d’urgence sanitaire sur l’ensemble du territoire. Plus que jamais ébranlées dans leurs habitudes de gestion, les municipalités et les MRC ont adopté des mesures significatives, et plusieurs d’entre elles ont dû effectuer un véritable virage à 180 degrés. Survol des initiatives de nos régions en action en temps de pandémie.

SAINT-FÉLIX-DE-VALOIS : INTÉGRER LA GESTION DE CRISE AU QUOTIDIEN

Réorganiser la structure complète de son organisation en seulement quelques jours. C’est ce que la Municipalité de Saint-Félix-de-Valois s’est empressée de faire lorsque les premières mesures du gouvernement provincial ont été annoncées. En plus de planifier des rencontres quotidiennes avec les directeurs et les différents intervenants, la Municipalité a revu l’organisation du travail de façon à maximiser les ressources sur le terrain pour assurer la continuité des projets.

Pour Audrey Boisjoly, mairesse de Saint-Félix-de-Valois, il était essentiel d’appliquer les premières mesures de sensibilisation au sein même de l’organisation municipale. « Nous avons dans un premier temps fermé nos établissements publics, entre autres pour assurer la sécurité de nos employés. Nous avions aussi un certain degré de crainte de leur part à gérer. Des directives ont été acheminées aux employés municipaux concernant les mesures d’hygiène afin de se prémunir contre les risques d’infections et d’éviter toute ambiguïté », a-t-elle souligné.

Les mesures de distanciation sociale ont rapidement été mises en pratique par le système d’alternance de la présence des employés au bureau de la mairie pour diminuer le risque de contamination. La gestion du télétravail a représenté un défi pour les élus·es et les employés, puisque cet aspect restait encore à être développé. La nouvelle structure informatique et les nouveaux logiciels et VPN ont permis à tous ceux qui pouvaient être en télétravail d’opérer efficacement.

La phase de sensibilisation auprès des citoyens est survenue immédiatement après la mise sur pied de la cellule de crise. « Comme les épiceries étaient parmi les seuls services ouverts, nous avons mobilisé nos pompiers du Service Incendie Saint-Félix-de-Valois dans les deux épiceries pour faire de la sensibilisation sur les mesures d’hygiène. Les citoyens étaient invités à prendre un dépliant conçu maison basé sur les recommandations de la santé publique », a précisé Audrey Boisjoly.

Les pompiers sont restés trois semaines à temps plein en poste à un horaire variable. La réponse de la population a été très positive. En tout, près de 7 000 dépliants ont été distribués pour une population de plus de 6 000 habitants. Les pompiers ont également fait de la sensibilisation auprès des personnes âgées à la résidence des aînés. « Ça sécurise notre population que nos employés soient présents sur le terrain. Nos efforts sont concentrés pour diminuer le nombre de cas de contamination dans notre municipalité et pour faire respecter les mesures », a-t-elle ajouté. En complément de cette initiative dans les épiceries, un système de bons alimentaires a été mis en place pour aider les gens qui étaient en attente de la Prestation canadienne d’urgence (PCU). La Municipalité a de ce fait voté un budget de 15 000 $ pour soutenir près de 200 personnes en trois semaines.

« Les gens ont rapidement adopté une pensée collective, ils étaient prêts à aider. Nous avons eu plusieurs bénévoles pour aller distribuer des bons alimentaires. Nous avons eu le soutien du IGA et d’autres partenaires privés », a renchéri Audrey Boisjoly.

Par ailleurs, le conseil municipal de la municipalité de Saint-Félix-de-Valois a pris la décision de suspendre les taux d’intérêt et de pénalité sur les taxes municipales et tarifs impayés pour la période du 1er avril 2020 au 1er juin 2020. Cette disposition, valide autant pour les citoyens que les entreprises, pourrait être prolongée au besoin. L’échéancier pour le paiement des licences canines a aussi été reporté pour réduire le stress financier des propriétaires de chiens.

Avec l’arrivée du beau temps en avril, nombre de jeunes se sont réunis dans les rues et les parcs pour se retrouver. Par mesure de sécurité et pour limiter la propagation du virus, l’accès aux modules de jeux dans les parcs a été interdit. Les pompiers ont de nouveau été dédiés à la surveillance et la sensibilisation envers les jeunes.

Le volet communication s’est déployé tant sur le terrain que sur le Web et les médias traditionnels. Outre l’envoi de communiqués de presse, la Municipalité a transmis régulièrement les dernières mises à jour par la voie du Web et des médias sociaux. La mairesse a publié une série de capsules vidéo pour accompagner les annonces concernant les dernières mesures gouvernementales.

Les saines habitudes de vie et la valorisation d’un mode de vie actif sont au cœur des valeurs de SaintFélix-de-Valois. La Municipalité a publié une série de concours pour inciter les gens à rester actifs malgré le confinement. Un concours de dessins et de skate a été lancé. Les citoyens avaient la possibilité de gagner un certain nombre de petits prix. La conception de programmations de loisirs en mode virtuelle a aussi été mise sur la table, dont des cours de yoga et de Zumba en ligne et des capsules vidéo qui offrent des conseils pour entretenir son jardin.

Toutes les dépenses liées à la COVID-19 sont comptabilisées pour faire une évaluation des différentes mesures après la crise.

Malgré les inconvénients occasionnés par la crise, pour la mairesse de Saint-Félix-de-Valois, plusieurs points positifs peuvent être retenus de la situation actuelle. À commencer par le télétravail qui contribuera sans aucun doute à l’amélioration de la conciliation travail-famille, un aspect cher chez les femmes et les jeunes qui ont le souhait de se lancer en politique municipale. « Nous avons réalisé les séances du conseil municipal par Facebook Live. Nous avons eu une audience de près de 600 personnes alors qu’habituellement, il y a seulement dix personnes présentes dans la salle. Pourquoi ne continuerait-on pas de cette façon après la crise? Ce serait un moyen de communication complémentaire. Si l’on permet des rencontres en télétravail, cela pourrait encourager les jeunes à s’impliquer en politique municipale. »

Bien connaître son programme de gestion de crise est indispensable pour une municipalité. Il est intéressant d’analyser ce qui se passe ailleurs, mais il ne faut pas oublier qu’il faut faire ce qui est bon pour la communauté. « Quand on a un bon plan de gestion des mesures d’urgence, on peut agir très rapidement. Tout est dans la connaissance des rôles de chacun. Restons à l’écoute », a-t-elle conclu.

MRC DE BÉCANCOUR : SOUTENIR L’ÉCONOMIE D’ICI

La MRC de Bécancour a misé sur le volet entrepreneuriat pour gérer la crise et pérenniser le développement économique de son territoire. Pour Daniel Béliveau, directeur général de la MRC et d’en+reprendre MRC Bécancour, ce fut l’occasion de mettre les entrepreneurs et les intervenants du milieu communautaire au cœur des interventions afin de permettre d’adapter les services et les programmes selon la réalité des entreprises régionales.

Après une réorganisation du travail, l’ensemble des employés de la MRC se sont mobilisés pour répondre aux besoins des citoyens. « Nous leur avons demandé s’ils avaient de l’intérêt à participer au support à la communauté, cela a été un accord général. La synergie d’équipe était idéale, » a souligné Daniel Béliveau.

À la suite de l’implantation de cette nouvelle façon de faire, la MRC et le CLD ont organisé une rencontre avec les élus·es et les intervenants du milieu communautaire pour dresser un portrait des défis auxquels font face les entreprises et la communauté.

L’équipe du développement économique de la MRC s’est mise à la tâche pour dénicher les statistiques nécessaires à l’analyse de la situation. « Nous devions établir nos besoins et nos enjeux et, pour ce faire, il était impératif de déterminer le nombre potentiel d’utilisateurs des futurs services que nous mettrions en place », a stipulé M. Béliveau. Ils ont découvert qu’il y avait à la base 1 000 personnes vulnérables de plus après le déclenchement de la crise, sans compter les citoyens qui habitent sur le territoire de la MRC, mais qui travaillaient dans les régions avoisinantes.

« Nous avons pu cibler les entreprises qui auraient besoin de prêts. On a d’entrée de jeu dit à toutes nos entreprises que l’on suspendait leur paiement pour trois mois. Nous cherchions déjà les programmes gouvernementaux pour les aider temporairement dans le maintien de leurs activités pour six mois. Lorsque le gouvernement a annoncé l’investissement de près de 940 000 dollars à la MRC, nous étions ainsi prêts à agir avec nos contrats de prêts et de demandes ».

Parmi les nombreuses initiatives de développement économique, la MRC a entre autres mis en place une subvention pour couvrir les frais reliés à l’implantation du télétravail jusqu’à concurrence de 500 $. Cette aide a été déployée dès la deuxième semaine à la suite de la recommandation du gouvernement d’opérer en télétravail. À la fin du mois d’avril, plus d’une vingtaine d’entreprises y ont adhéré.

En outre, le développement local et régional passe par une nécessaire valorisation de l’achat local. Levier essentiel à l’économie d’une région, l’achat local comptait parmi les volets prioritaires pour la MRC. C’est dans cette optique que dès la quatrième semaine de la crise, un programme a été lancé pour soutenir et encourager les entreprises à mettre en ligne un site transactionnel pour promouvoir leurs produits et services.

« Le travail que les décideurs font avec les entrepreneurs fait toute la différence. En région, on achète la proximité et son impact dans le milieu. C’est ici qu’on s’aperçoit comment le leadership des élus·es prend tout son sens ».

Prendre le temps de comprendre les enjeux et les besoins des entrepreneurs reste la clé pour bâtir un plan d’action selon la MRC.

« Rapprochons-nous des gens qui ont l’expertise et les connaissances pour s’assurer que nos actions perdurent. Et surtout, il faut entreprendre, c’est comme ça qu’on bâtit des régions », a conclu Daniel Béliveau.

NOS RÉGIONS EN ACTION

En mode télégestion

L’une des principales mesures mises en œuvre par les instances municipales au déclenchement de la crise fut l’implantation du télétravail. Parmi celles-ci, notons la municipalité de Sainte-Luce qui a décidé de tenir ses séances du conseil de façon virtuelle et de permettre aux citoyens qui le désirent d’y assister et d’y poser leurs questions. Il s’agissait d’une bonne occasion d’innover et d’essayer de nouvelles façons de faire dans un contexte de transformation rapide. La plateforme utilisée a aussi permis aux citoyens de poser leurs questions en direct.

Un soutien à la culture régionale

Afin d’offrir une aide d’urgence à tous les intervenants du milieu culturel affectés par les circonstances entourant la COVID-19, le conseil de la MRC de Pierre-De Saurel a adopté en avril un plan de soutien au milieu culturel. La MRC compte de ce fait sur la relance du milieu culturel pour stimuler l’économie de la région. Ce plan a pour principaux objectifs de développer une stratégie pour joindre le plus grand nombre possible d’intervenants du milieu culturel et travailler à maintenir et consolider le dynamisme culturel sur le territoire.

Le prochain projet de développement culturel de la MRC soutiendra plus particulièrement les artistes et les artisans du domaine des arts médiatiques.

Accompagner les entreprises locales en temps de crise

Une cellule de coordination a été formée par les intervenants économiques des MRC de l’Érable et d’Arthabaska afin d’accompagner les entreprises des deux territoires au cours de la pandémie. Les intervenants partagent leurs connaissances et leur expertise, et transmettent les besoins des entreprises avec qui ils sont en lien. Les rôles des différentes organisations impliquées sont mis en commun pour un maximum d’efficacité et d’unicité.

Des intervenants de plusieurs organisations sont représentés dans ce comité pour assurer le meilleur suivi aux entreprises, dont la Chambre de commerce et d’industrie Bois-Francs-Érable (CCIBFE), Investissement Québec, Services Québec, le ministère de l’Économie et de l’Innovation du Québec, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Développement économique du Canada, la SADC Arthabaska-Érable, la CDEVR et Développement économique de L’Érable.

En plus de promouvoir activement l’achat local, la CCIBFE a rassemblé la communauté d’affaires des deux régions et s’est entretenue avec celle-ci sur les enjeux auprès de la Fédération des chambres de commerce du Québec. De leur côté, la CDEVR, la SADC et Développement économique de L’Érable ont offert un accompagnement direct aux entrepreneurs en fonction de leurs enjeux (financement, plan d’affaires, ressources humaines, etc.), en plus de communiquer les préoccupations des entreprises auprès des différents ministères fédéraux et provinciaux.

Complémentaires à d’autres mesures déployées sur le territoire, ces initiatives sont une source d’inspiration pour accompagner les intervenants dans la gestion de cette crise.

Crédit photo en-tête : MRC de Bécancour

Légende photo no 1 : La mairesse de Saint-Félix-de-Valois, Audrey Boisjoly, en compagnie d’une entreprise partenaire pour le soutien aux citoyens dans le besoin.

Crédit photo no 2 : Municipalité Saint-Félix-de-Valois