Me Antoine Pleau-Trottier, avocat et superviseur au Service de la gestion des risques à la Mutuelle des municipalités du Québec (MMQ)

Dans bon nombre de municipalités québécoises, plusieurs services sont regroupés dans un même bâtiment afin de rassembler les ressources et de réduire les coûts liés aux infrastructures. Or, lorsque plusieurs services se retrouvent sous un même toit, cela augmente considérablement la valeur du bâtiment. Si un sinistre devait survenir, les pertes seraient extrêmement importantes!

Afin d’illustrer nos propos, nous présentons ci-dessous un cas fictif, mais très réaliste, d’un événement qui aurait pu survenir dans n’importe quelle municipalité. À noter que toute ressemblance avec des personnes ou des faits ayant eu lieu n’est que pure coïncidence.

Ce qui est arrivé

La caserne de pompiers de la municipalité de Sainte-Chapelle-Ardente se trouve dans le même bâtiment que le garage municipal. En plus du matériel normalement présent dans les bureaux municipaux, on y retrouve aussi tout l’équipement nécessaire au combat des incendies, incluant les camions de pompiers, en plus des nombreux appareils et outils utilisés par l’équipe des travaux publics, comprenant les camions-bennes, les souffleuses et les pelles. Cette concentration des usages augmente la valeur du bâtiment, d’où le libellé bâtiment de grande valeur.

Par un beau samedi soir estival, alors que le bâtiment est inoccupé, un dysfonctionnement d’un appareil électrique cause un incendie. Le feu s’est rapidement propagé à la structure de l’édifice jusqu’au toit. Le bâtiment est une perte totale, de même que les véhicules qui s’y trouvaient.

Résultat : En plus des conséquences désastreuses liées aux dommages à l’immeuble ainsi que les répercussions financières et opérationnelles majeures pour la municipalité, il y a la perte des véhicules d’intervention incendie ainsi que de l’équipement dédié aux travaux publics qui fait monter la facture de façon exponentielle. Rappelons que le coût d’un seul véhicule de ce type se situe dans les centaines de milliers de dollars.

Comment cela aurait-il pu être évité?

Étant donné que les bâtiments de grande valeur peuvent engendrer des pertes considérables pour une municipalité en raison des différents services qu’ils abritent, il est nécessaire de prendre des mesures supplémentaires de prévention et de gérer les risques proportionnellement à leur sévérité.

Premièrement, il aurait été très avantageux d’avoir en place un système d’alarme incendie relié à une centrale de surveillance et un système de gicleurs automatiques. L’alarme aurait permis aux pompiers d’être alertés plus rapidement aux premiers signes d’incendie et les gicleurs auraient eu pour effet de ralentir, voire arrêter, la progression du brasier.

Il est à noter que lorsqu’un système d’alarme est installé dans un bâtiment, il faut porter une attention particulière aux témoins lumineux qui peuvent s’afficher sur l’écran du système. Ces témoins lumineux peuvent vous avertir d’un dysfonctionnement. Dans le doute, faites vérifier le système par un spécialiste.

Il aurait également été opportun de développer et de mettre en œuvre une politique d’inspection et d’entretien des dispositifs de sécurité incendie et des installations électriques présents dans le bâtiment.

Finalement, les deux usages du bâtiment auraient dû être isolés par des séparations coupe-feu intègres afin d’éviter que le feu puisse se propager d’un côté à l’autre. Cela aurait permis non seulement de limiter les dommages aux véhicules et à l’équipement de sécurité incendie, mais aussi de faciliter grandement le travail des pompiers pour éteindre le brasier dans le reste du bâtiment.

Pour plus de renseignements sur la protection des bâtiments municipaux, les membres de la MMQ sont invités à contacter les conseillers de son Service de la gestion des risques.