Par Peggy Powers, conseillère en gestion des risques, Sports et loisirs à La Mutuelle des municipalités du Québec (MMQ)

Chaque année, les pistes cyclables du Québec sont visitées par de nombreux adeptes du vélo. De plus, la pandémie semble avoir haussé l’intérêt général pour les randonnées de toute sorte, augmentant ainsi l’achalandage. Les parcours parfois sinueux qui croisent les routes municipales sont nombreux et peuvent présenter des risques auxquels les municipalités devraient s’attarder.

En effet, les experts en sinistre de La Mutuelle des municipalités du Québec (MMQ) traitent chaque année des sinistres liés à des incidents survenus sur des pistes cyclables et qui auraient pu soit être évités, soit être moins dommageables. Une sensibilisation adéquate des employés et la mise en place d’un processus efficace de gestion des risques auraient pu faire toute la différence dans plusieurs de ces cas.

Afin d’illustrer nos propos, nous présentons ci-dessous un cas fictif, mais très réaliste, d’un événement qui pourrait survenir dans de nombreuses municipalités. À noter que toute ressemblance avec des personnes ou des faits ayant eu lieu n’est que pure coïncidence.

Ce qui est arrivé

Par un beau vendredi matin, un automobiliste quitte son domicile pour se rendre au travail. Juste avant d’arriver à l’intersection qui croise la véloroute du partage des pistes, il heurte un profond nid-de-poule, tord son pneu et termine sa course sur le passage cycliste. L’incident force alors l’équipe des travaux publics de la municipalité à intervenir pour réparer le nid-de-poule et dégager les débris laissés sur la chaussée.

Pour ce faire, les employés entravent une partie de la piste cyclable pour y mettre leur équipement. Ils installent un périmètre de sécurité sur l’avenue, mais comme la piste cyclable n’est pas encore achalandée à cette heure, ils n’installent pas de signalisation sur cette dernière. Alors que les travaux de réparation vont bon train, les débris sont quant à eux laissés sur la chaussée, une autre équipe devant venir les récupérer sous peu. De plus, il y a présence de gravier près du site de l’accident où les employés s’affairent à réparer le nid-de-poule.

La véloroute du partage des pistes est très prisée des cyclistes locaux et visiteurs en raison de son tracé bucolique et des nombreux virages qui rendent les ballades plus excitantes. Manon, une cycliste matinale, circule sur la piste cyclable à une bonne vitesse lorsqu’elle arrive au virage serré précédant l’intersection où est survenu l’incident. Son vélo se retrouve alors dans un amas de gravier destiné à combler le nid-de-poule. La cycliste est projetée à l’avant de son vélo et percute le rouleau vibrant se trouvant dans la voie opposée de la piste cyclable. En plus de se casser une cheville, Manon subit plusieurs blessures aux bras, aux jambes et à la tête.

Résultat : Manon poursuit la municipalité pour les préjudices corporels subis, alléguant une piste dangereuse et un manque de signalisation. De plus, la piste cyclable a dû être fermée le temps de réparer les dégâts et d’améliorer la signalisation, ce qui a causé la déception de nombreux cyclistes locaux et visiteurs.

Comment cela aurait-il pu être évité?

Tout d’abord, si la municipalité avait mis en place un processus d’inspection et d’entretien des voies publiques, l’apparition du nid-de-poule sur la chaussée aurait été décelée avant que celui-ci ne devienne un réel danger. De simples tournées de reconnaissance par le personnel des travaux publics peuvent grandement faciliter le travail d’entretien et de prévention. Il est également important de noter dans un registre toutes les plaintes reçues ainsi que les entretiens et les réparations effectués, avec photos à l’appui.

De plus, l’équipe des travaux publics qui s’est rendue sur les lieux pour réparer le nid-de-poule aurait dû s’assurer que l’ensemble du périmètre était bien sécurisé en ajoutant des panneaux de signalisation clairs, autant pour les voitures que pour les cyclistes. En plus de ces actions, l’équipe aurait dû prioriser le nettoyage de la chaussée de tout débris provenant de l’accident.

Finalement, il aurait été opportun de garder l’équipement destiné aux travaux à l’extérieur de la piste cyclable et d’en délimiter le contour afin d’éviter que tout cycliste ou piéton ne se retrouve en contact avec l’outillage ou les matériaux.

Ces simples interventions, qui font partie d’une gestion intégrée des risques municipaux, auraient pu éviter des coûts considérables à la municipalité en plus des répercussions sur sa réputation auprès des citoyens.

Pour plus de renseignements, les membres de la MMQ sont invités à contacter les conseillers de son Service de la gestion des risques.