Parue dans Marché MUNICIPAL, Vol. 14 No 2, juin 2019

La MRC de Maria-Chapdelaine et la MRC du Domaine-du-Roy ont décidé de s’unir pour dévoiler les couleurs de leur territoire dans une campagne d’attraction de talents. La campagne Ose! le pays des bleuets est une offensive audacieuse pour inviter les travailleurs de divers horizons à découvrir le potentiel de cette région.

Cette campagne à forte saveur territoriale s’inscrit parmi la multitude de moyens déployés dans la région pour séduire les candidats et les familles. Les deux MRC visent à offrir d’ici 2027 des conditions de travail et des milieux de vie adaptés aux nouvelles réalités des jeunes et des familles. Elles misent sur une approche immersive et interculturelle pour améliorer les perspectives démographiques de ces territoires.

En effet, l’Institut de la statistique du Québec prévoit que les deux MRC seront en décroissance démographique à moins de 9 % pour Domaine-du-Roy et de moins 11 % pour Maria-Chapdelaine. Les MRC perdront environ 6 000 personnes si aucune action ne se concrétise. Cela reflète un bilan migratoire négatif, surtout chez les jeunes.

Une immersion chez les bleuets

Face à ses constats, les élus·es et les intervenants du milieu ont réalisé qu’une campagne était nécessaire pour optimiser la stratégie d’attraction de talents. « Toutes les régions essaient de se démarquer. Comme élus, il faut valoriser son territoire, vendre les bienfaits de la proximité de nos grands espaces », a indiqué M. Luc Simard, préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine.

Pour ce faire, ils ont fait appel à des ressources internes et à des firmes de communication pour faire rayonner la marque territoriale qui trouve déjà écho dans l’imaginaire collectif des Québécois. La marque a été conçue dans une démarche globale et multiplateforme. Conception du nouveau logo, du site Web, de publicités Web et imprimées, médias sociaux, l’objectif était de faire miroiter l’essence du nord du Lac-Saint-Jean dans la signature graphique. Le bleuet, emblème traditionnel du Saguenay, a été conservé dans le logo à cet effet.

Outre la beauté des paysages, la campagne mise sur la qualité de vie, l’accès à la propriété et sur l’offre culturelle en développement. La proximité est au cœur de l’axe de communication.

La campagne se décline sous forme d’événements, de portes ouvertes sur l’emploi, de capsules vidéo, de publications sur les médias sociaux. Une stratégie de marketing impliquant le partenariat avec des influenceurs est également envisagée pour faire rayonner la région.

Plusieurs clientèles sont ciblées, dont les nouveaux arrivants, les familles, les retraités, les citoyens d’autres régions, et même ceux qui habitent à l’intérieur du territoire saguenéen. « Les statistiques démontrent que 20 % de la population active quitte la région du haut du Lac. Nous n’avons pas le choix de développer des moyens qui vont faire en sorte que les gens vont être séduits par la région. Nos actions visent à les convaincre qu’il peut être épanouissant de s’établir en région et d’y faire sa vie », mentionne Mme Josée Bouchard, directrice générale de Portes ouvertes sur le Lac.

Faire éclore les actions sur son territoire

Plus qu’une image de marque, la campagne se déploie à travers d’autres actions. Parmi elles, une application a été conçue pour les chercheurs d’emploi et les entreprises. Elle permet de mettre en relation les talents avec les employeurs affichés sur le portail. Ils peuvent pour un certain montant publier le nombre de postes dont ils ont besoin durant l’année. Un agent accompagne les gestionnaires pour les aider dans la recherche du candidat idéal. Ce pan de la stratégie d’attraction des talents est tourné vers les besoins de l’employeur.

Tout un volet entrepreneurial est également déployé auprès des entreprises. Les propriétaires sont prêts à passer le flambeau à la relève à la suite des constats du vieillissement de la population qui se fait sentir dans la région. Cette transition vient avec un service-conseil à la gestion des ressources humaines en entreprise. En effet, beaucoup d’entre elles n’ont pas d’équipe ou très peu d’employés attitrés à cette tâche. Les responsables accompagnent donc les employeurs dans la gestion des ressources humaines. Ils leur offrent des conseils sur la manière de s’adapter pour arrimer la marque territoriale mise en place à la gestion du personnel.

Par ailleurs, les employeurs vont pouvoir bénéficier de l’aide de l’organisme pour l’intégration des nouveaux arrivants, de même que d’une formation de trois jours sur la recherche et la rétention de la main-d’œuvre. Étant très ciblée, cette formation pratique a eu un taux de satisfaction élevé chez les employeurs de la région. M. Simard a constaté l’efficacité de cette formation dans sa propre organisation à la MRC. « Ce que mes collègues ont expérimenté à la formation, nous l’avons appliqué à l’interne pour recruter de nouveaux employés pour travailler à la MRC. Résultat : nous avons trouvé du personnel en peu de temps, c’est incroyable! ».

Des résultats prometteurs

En quelques mois, la campagne d’attraction des talents a permis à elle seule d’obtenir un taux d’adhésion élevé à la marque territoriale. Les statistiques du nombre de visites sur le site Web de Ose! Le pays des bleuets sont très éloquentes pour un petit territoire. Le nombre de partenariats conclus a augmenté allant même jusqu’à étiqueter l’image de la campagne sur les bouteilles d’une microbrasserie locale.

Une partie de ceux qui ont adhéré à l’offensive provient des grands centres. L’un des prochains objectifs pour l’organisme et les MRC sera de trouver les moyens pour toucher davantage de gens de l’extérieur de la région. La francophonie canadienne est envisagée pour une campagne pancanadienne, et même internationale en collaboration avec Québec International.

Pour Mme Bouchard, la meilleure approche lorsqu’un territoire se lance dans une campagne de ce genre est la collaboration des intervenants. « L’ouverture d’esprit est très importante. Il faut abattre les silos pour travailler en synergie. C’est cette synergie qui favorise la mobilisation. Il ne faut pas non plus s’attendre à des résultats immédiats. Il faut être patient et prêt à investir pour concevoir sa marque territoriale, susciter l’adhésion de la population au projet pour les mobiliser afin d’implanter un véritable écosystème d’accueil et de rétention ».