Le rebond flamboyant de Beauharnois

Magazine Marché MUNICIPAL - VOL. 12 - NO 3 / Septembre 2017

Affectée directement par la crise manufacturière, la Ville de Beauharnois, située au sud-ouest de Montréal, a profité du récent prolongement de l’autoroute 30 pour renaître de façon magistrale. Portrait d’un modèle d’initiative en matière de développement économique.

Le passage de la crise manufacturière entre 1990 et aujourd’hui a laissé des traces très importantes dans la Ville de Beauharnois. Encore à ce jour, on peut y constater les vestiges d’une aire industrielle prospère.

Face à l’adversité, les gestionnaires municipaux ont su saisir une opportunité en or : le passage de l’autoroute 30, dont le prolongement a été complété jusqu’à Vaudreuil-Dorion en 2012. Beauharnois, elle, a hérité de trois sorties d’autoroute et n’a pas tardé à mettre en branle une stratégie de développement axée sur l’arrivée de la nouvelle artère.

Julie Fortin« Nous avons décidé de contrôler notre développement et de devenir propriétaires et promoteurs de nos propres terrains industriels. Rio Tinto nous a tout d’abord cédé ses propriétés inoccupées sur le territoire de la Ville, des salles de cuves, principalement, et une portion de terrain nous permettant d’augmenter la capacité d’accueil de notre parc industriel et d’y investir afin d’attirer de nouvelles industries », révèle Mme Julie Fortin, directrice générale de Beauharnois, qui tient les rênes de la Ville depuis deux ans.

La stratégie de Beauharnois semble avoir porté fruit. En effet, à ce jour, près de 75 % des superficies cédées par Rio Tinto sont développées et accueillent des entreprises diversifiées, comme le géant français de l’hébergement Web OVH.com qui a choisi d’y implanter l’un des plus grands centres de données au monde.

Sur sa lancée

La Ville ne s’est pas arrêtée là. Elle a opté pour l’acquisition de nouveaux terrains appartenant à Hydro-Québec, situés en bordure de la nouvelle autoroute 30, dans lesquels elle a investi pas moins de 30 millions $ pour y amener tous les services nécessaires à l’accueil de nouvelles entreprises.

Les millions de pieds carrés ainsi acquis ont tôt fait de trouver preneur du côté d’un autre géant européen, IKEA, qui a sélectionné ce nouvel emplacement de choix pour y aménager son nouveau centre de distribution de l’Amérique du Nord; un imposant bâtiment de plus d’un million de pieds carrés.

« À elle seule, cette transaction occupe une grande partie du parc qui était disponible pour du développement. Nous sommes donc en pourparlers avec Hydro-Québec pour acquérir de nouveaux terrains en vue d’agrandir le parc », note la directrice générale, ajoutant que la Ville est sur la bonne voie pour atteindre son objectif de créer 2000 emplois avec cette première phase de développement industriel.

« En comparant les pertes d’emplois que nous a occasionnés la crise manufacturière et le nombre d’emplois qu’on a réussi à créer, en plus de la richesse foncière, on sort grands gagnants. Une mauvaise nouvelle s’est transformée en un essor économique et industriel fort intéressant », renchérit Mme Fortin.

Plein gaz sur le développement

Beauharnois s’est par ailleurs dotée de son propre service de développement économique en juin dernier par l’embauche d’une ressource spécialisée. La mission de cette nouvelle branche de l’administration sera de travailler de pair avec différents partenaires comme Montréal International, Investissement Québec et, bien entendu, le CLD de Beauharnois-Salaberry, pour faire la promotion des aires industrielles actuelles et futures de la ville.

« On veut que les investisseurs pensent à nous lorsqu’ils recherchent un lieu d’implantation stratégique au sein de la Communauté métropolitaine de Montréal », affirme Mme Fortin.

Bonifier les services aux citoyens

Qui dit boom industriel, dit aussi boom résidentiel. Beauharnois prévoit que la population passera de 13 000 citoyens, en 2017, à plus de 20 000 d’ici la prochaine décennie; une augmentation fulgurante de plus de 50 %.

Plusieurs zones d’ensembles résidentiels sont donc en ébullition aux quatre coins de Beauharnois et, pour subvenir aux besoins en transport de ses futurs citoyens, la Ville a mis sur pied un projet pilote de desserte locale avec la collaboration du Conseil intermunicipal de transport du sud-ouest et la contribution du Fonds municipal vert de la FCM, ainsi que de deux entreprises locales, soit le Groupe Harden et Canac.

Depuis 2016, un autobus de 42 places aux couleurs de Beauharnois sillonne la ville d’est en ouest et du nord au sud, et effectue une centaine d’arrêts chaque jour. Les citoyens peuvent l’emprunter tout à fait gratuitement et aussi souvent qu’ils le veulent.

« Le Circuit local permet aux gens de se rendre facilement au centre-ville, au centre commercial ou au travail. Sa popularité grandit de mois en mois. Les groupes d’écoliers et les garderies en sont particulièrement friands pour effectuer des sorties gratuites », indique Mme Fortin.

Instigué au coût de 360 000 $, le projet pilote a généré 30 825 passages pour ses 10 premiers mois d’activité. Un résultat plus que satisfaisant, qui a poussé l’administration municipale à pérenniser l’opération.

« C’est un projet très prisé par la population, de par sa convivialité d’utilisation et sa gratuité, on souhaite ardemment pouvoir continuer à l’offrir sous cette formule à nos citoyens et accroître le réseau couvert », confirme la directrice générale qui mentionne du même coup que de plus en plus de jeunes travaillent sur le territoire municipal en raison d’un troisième boom de développement…

Boom commercial

Alors qu’un imposant projet commercial signé par le Groupe Harden incluant boutiques, supermarché et autres services de proximité a récemment pris racine à Beauharnois, les gestionnaires municipaux envisagent déjà de revitaliser le centre-ville pour lui redonner son lustre d’antan.

« Comme dans plusieurs villes ouvrières, notre centre-ville a perdu de son dynamisme au cours des dernières années. Nous souhaitons donc le repositionner à travers notre nouvelle approche économique », témoigne Mme Fortin.

La Ville investira de 9 millions $ pour remettre à niveau son artère principale, la rue Ellice, notamment en enfouissant le réseau électrique et en réaménageant les trottoirs. Au moment d’écrire ces lignes, Beauharnois allait entamer les travaux de construction d’une toute nouvelle marina de 99 places pour contribuer à l’essor touristique et à la relance de son centre-ville.

Source: Magazine Marché MUNICIPAL – VOL. 12 – NO 3 / Septembre 2017